Hippocanthropy : Le tournage du court métrage
Par Olivier Pannequin, samedi 6 mai 2006 à 12:46 :: Hippocanthropy :: #17 :: rss
Bon c’est là que ça s’est un peu compliqué...Au début, ça allait, les repérages se sont bien passés. Tous les endroits nécessaires au scénario ont été trouvés... y’avait plus qu’à ....
Une semaine avant de tous se retrouver à Dunkerque pour notre beau tournage, un point est fait et là , j’apprends avec désarroi que le pote cadreur et sa belle caméra ne pourront finalement pas être de la partie.... Je suis catastrophé... Tout le reste de l’équipe est prêt, je ne peux pas changer les dates de tournage... mais en même temps, sans caméra, sans cadreur, tout cela n’a plus vraiment de sens... Je préviens tout le monde et une solution est instantanément trouvée : on fait le film avec la mini DV de Richard et c’est moi qui cadrerait... sauf que je suis pas cadreur, mais bon, il suffit juste que de revoir nos ambitions à la baisse... la caméra sera en réglage automatique (adieu les jeux sur la profondeurs de champs ainsi que les beaux mouvements d’appareils originalement prévus dans le story-boards).
La veille du premier jour de tournage, une prière collective est faite à l’attention du dieu soleil pour que sa présence ne nous fasse pas défaut (tout sera filmé en lumière naturelle)... En même temps, c’est l’été de la canicule, donc ce serait vraiment pas de chance que nos trois jours de shooting se passent sous un ciel gris...mais bon sait on jamais.
On a décidé de tourner du samedi 23 août 2003 au mardi 26 août 2003.
En tout il y a 16 séquences à tourner, ce qui fait un total de 165 plans. Le planning s’est dressé sur 4 jours en tenant compte des disponibilités de chacun, sachant que Julie la joggeuse n’est là que le premier jour et que Max le rasta (et accessoirement la créature) n’est là que les trois premiers jours. Il a donc fallu jongler, mais en même temps on avait une facilité de taille : quant on a un personnage sous un masque, un autre sous une taie d’oreiller et un troisième sous une coupe rasta, on peut les remplacer par des doublures. (faut juste que les 3 autres acteurs restant ne soit pas à l’image)
Samedi 23 août 2003
Ce jour là , 4 séquences sont à mettre en boite. Le matin de 8h00 à midi on tourne toute l’introduction en bord de plage. On a choisi de faire cette séquence tôt pour être sûr de ne pas avoir trop de personne dans le champ. A un moment donné, j’ai réussi à filmer un oiseau juste avant qu’il ne s’envole, ce n’était pas prévu au départ, mais j’ai bien fait, au montage ça donne un truc assez efficace.
Ce matin là on a également tourner une scène qui a finalement été coupée ou l’on voyait un godzilla garou sortir de la mer, détruire un château de sable frénétiquement mais bon il se rendait compte soudainement qu’il se trompait de film alors il repartait dans l’océan...ça n’avait aucun sens, mais ça nous faisait marrer, puis au montage, on s’est rendu compte que ça ralentissait le rythme du court...donc à la trappe. Donc j’ai une pensée confuse adressée à Richard qui jouait le godzilla garou qui n’a pas hésité à se mouiller, tout ça pour rien en définitive.... Ce matin là , on a également tourner un plan gag du film qui finalement est passé à la trappe : il s’agissait de montrer le trou que creusaient les truands pour faire disparaître la victime. L’idée (de Richard, encore lui) était dans l’esprit ZAZ : en fait le trou devait avoir la forme d’un homme et non pas d’un simple trou. Pour ce faire, il fallait le creuser dans du sable dur en bord de mer, même si la séquence de l’exécution de la victime se passait au beau milieu des dunes. Le sable mou des dunes ne permettait pas la conception d’une silhouette humaine reconnaissable. On a donc fait des plan d’inserts de ce trou en forme d’homme en se disant qu’à l’étalonnage on pourrait le raccorder aux plans dans les dunes...c’était bien évidemment une douce utopie...arrivé en montage, le contraste entre les deux plans était tellement violent qu’on n’y croyait pas une seule seconde... du coup, on s’est passé du plan qui aurait du apparaître ici (voir story board)Inutile de vous dire qu’après le coup du Godzilla Garou et du trou abandonnés, Richard a bien évidemment lancé un contrat sur ma tête, mais j’ai rien senti.
Revenons au tournage...
L’après midi, on a shooté la mort de la joggeuse ainsi que la découverte de ses restes par le samouraï... On a pu constater qu’il n’était pas facile de tourner sur du sable et de garder un cadre stable, heureusement on avait prévu des "rails de travelling" improvisées : tout un lot de plaque de bois qu’on disposait par terre suivant nos besoins. Et finalement, le plus fatiguant pour l’équipe a été de trimbaler ces planches ainsi que les deux glacières nous servant de caisses régie à travers les dunes pour atteindre nos coins reculés idéals pour tourner, sans craindre d’être dérangé ou de déranger.Ce jour là on a tenu le programme prévu et on a même fini plus tôt. Du coup, on en a profité pour tourner la scène ou les truands creusent la tombe.
A la fin de la journée, on était plutôt content. On avait bien avancé, le soleil nous avait accompagné tout du long et un vent sympa nous avait évité de rôtir... Sauf que ce vent avait eu un effet traître : on ne s’était pas rendu compte à quel point le soleil avait tapé... surtout sur moi en fait... comme j’étais à chaque fois immobile dos à la lumière pour avoir les acteurs éclairés, à mon réveil au lendemain, j’ai eu la désagréable surprise de découvrir que toutes les parties de peau à découvert de mon dos avaient été complètement cramer... A telle point que sorti du lit, je boitais, mes mollets rougeoyants me faisant souffrir terriblement.... Je me suis demandé si je serais capable de poursuivre le tournage en étant dans cet état... Mais il n’était pas question d’abandonner.... Donc trois tubes de biafine plus tard et couvert de bandages, le tournage a repris. Les autres avaient été moins touchés que moi... même si le soleil les avait bien marqué.... (il y a même un plan ou François le samouraï fait des moulinets avec son épée, ou on voit super bien les marques de coups de soleil.)Ah si ! Le Fabien a été victime d’une belle insolation. Le soir on était allé boire un verre en Belgique, et je me souviens que Fab ze Fab avait un peu été malade. Il avait eu cette sublime réflexion « moi montpelliérain d’origine, j’ai jamais chopé une seule insolation de ma vie...et il a fallu que ça m’arrive à Dunkerque ».
Dimanche 24 août 2003
Ce matin là , à 8h00 pétantes, on commence à tourner la séquence 9B, oui je sais, ça ne parle à personne la séquence 9B, c’est pourtant une scène importante c’est celle ou les truands après avoir abattu la victime, se retrouve nez à nez pour la première fois avec le monstre.
On avait prévu de shooter un plan ou la tête de la victime se prend une balle (voir post précédent)... mais au montage, ça ne marchait pas : le personnage est en train de courir, et quand la tête explose, on voit qu’elle n’est pas en mouvement...pourtant on avait pris soin de filmer en fond neutre (le ciel) tout en imprimant un petit tremblement à notre fausse tête... mais mis bout à bout avec le plan de course, ça ne fonctionnait pas... du coup, j’ai dû opter pour l’ellipse au noir.
Ensuite on a tourné la baston entre Fabien et le monstre. Notre principal souci était de ne pas perdre Max suant de tout son saoul sous le costume de l’hippocanthrope, en plein cagnard de midi.
L’après midi, après la pause déjeuner, on a mis en boite le face à face entre Fabien et François, le samourai. Le lancer de cure dent devait se faire en image de synthèse, dans l’esprit du plan de la flèche dans "Robin des bois, prince des voleurs". Le pote infographiste m’avait donné certains impératifs à respecter pour ne pas galérer lors du compositing et notamment de tout tourner le plus proprement possible. Moi dans ma tête, j’étais parti sur un super travelling avant qui déchire....mais n’ayant plus le cadreur pro à ma disposition, j’ai décidé de décliner la séquence en une série de plans fixes, comme ça, j’étais sûr que l’infographiste n’aurait pas à se prendre la tête avec de laborieux trackings de mouvements.
Ensuite on a tourné la progression des truands dans les dunes, et enfin la mort de Max le rasta. Comme pour les effets gore de la joggeuse, c’est François qui a préparé le corps en manipulant les abats et les os que nous avait gracieusement offerts le boucher de notre village. Le sang a été bricolé par nos soins, suivant consciencieusement une recette trouvé sur le net... ça rendait bien en bouteille, mais une fois versé, ça ressemblait à de la flotte... on s’est dit qu’on pourrait retravailler ça en montage (ce qu’on a fait). François a même rajouté une petite note décalée à son « œuvre » en ramassant une chenille qui passait par là ... je trouvais ça marrant, la chenille rampant sur une dread, donc je l’ai filmée... après en montage, j’ai eu la surprise de me rendre compte que ça faisait une super transition avec le plan d’après ou la victime rampe par terre pour essayer de s’évader... L ‘oiseau du début et la chenille sont donc deux choses qui n’étaient absolument pas prévues au départ et qui finalement rendent bien dans le film, du coup la prochaine fois, on a décidé de passer notre temps à filmer des animaux... ce sera notre côté Terence Malick du pauvre.Le soir on est retourné à nos pénates, bien crevés, mais de cette fatigue qui fait du bien.
Lundi 25 août 2003
8h00 du matin. Le père de Richard nous a gracieusement prêté sa Mercedes blanche pour le tournage de la scène d’arrivée des truands à la versus. Au départ, j’avais prévu un découpage comme dans le film Versus de Ryuhei Kitamura, tout en mouvement, ou chaque sortie de personnage de la voiture entraîne le plan suivant... sauf qu’à ce stade du film, j’étais déjà pas mal exténué, et que je me sentais pas capable de faire de beaux plans coulants.. j’ai donc du opter pour une série de plans fixes.
Pour le plan de l’ouverture de coffre, il était physiquement impossible de rentrer avec la caméra dans celui de la Mercedes, on est donc allé tourner dans la golf de Max, autrement plus spacieuse de ce point de vue là .
On a également tourné la séquence de fin, du retour vers la voiture.
L’après midi nous attendait le gros morceau du film : la séquence 12 ! ! ! oui je sais, ça ne dit rien à personne... C’est la scène où l’hippocanthrope se fait attraper. On est allé récupérer une botte de foin dans un centre équestre environnant...là aussi, comme pour les planches de travelling et les glacières, ce n’était pas une partie de plaisir de la trimballer à travers les dunes jusqu'au lieu de tournage.Là , moi j’étais clairement crevé, heureusement que les membres de l’équipe se relayait pour m’assister et m’aider à faire le point sur les plans à tourner. La séquence en contenait un sacré paquet et ça allait dans tous les sens. Il fallait respecter une certaine géographie, sans cela, ça n’aurait plus ni queue ni tête...
Le plan où Richard tire la tête en bas nécessitait un dispositif tout simple mais assez encombrant (là aussi l’équipe s’est galérée à le transporter à travers les dunes) : c’était une échelle, pliable dans tous les sens. On en a donc fait une espèce d’arche à laquelle il s’est suspendu. Ensuite il fallait cadrer Richard de manière suffisamment serrée pour ne pas en voir des bouts.
C’était la dernière journée où Max était avec nous. Notre équipe n’était plus composé que de Richard, Fabien, François et moi même...en même temps, il ne nous restait plus grand chose à mettre en boite.
Mardi 26 août 2003
Le matin, on a filmé tous les inserts d’impacts de balles dans le sable. De simples pétards judicieusement disposés ont fait l’affaire, il suffirait en montage de ne prendre que l’explosion, très cut.
On a également filmé une scène qui ne figure pas dans le film. A la fin, après avoir eu raison de la créature, François et Richard devaient se congratuler en se tapant dans les mains exactement comme le font Snake et Otacon dans Metal Gear Solid 2 : Sons of liberty. Je trouvais la mise en scène de cette séquence incroyable et je voulais essayer de la reproduire en live. Elle a donc été tournée, mais finalement, au montage, elle alourdissait inutilement le rythme du film...puis j’aimais bien finir sur la vue subjective de l’hippocanthrope qui s’éteint. Donc adieu notre clin d’œil à Hideo Kojima.
L’après-midi, on a tourné l’unique scène dialoguée du court et ça a été un grand moment de rigolade. Chacun avait imaginé sa propre langue, ce qui donnait sur le plateau un enchaînement de répliques assez surréaliste devant lequel il était difficile de garder son sérieux. D’autant que cet énergumène de Fabien était le seul des trois à ne jamais redire la même chose suivant les prises, du coup, François et Richard étaient à chaque fois surpris par la nouvelle improvisation du Fabien mourant.
Ça reste un des meilleurs souvenirs du tournage.
Le soir on a profité du coucher de soleil pour filmer l’arrivée de François à la ken le survivant. La lumière était fabuleuse, il n’y avait pas un chat sur la plage, toutes les conditions étaient réunies pour nous satisfaire.
Mercredi 27 août 2003
Avec le Richard, on est retourné au centre équestre où on avait eu la botte de foin pour filmer quelques inserts d’yeux de chevaux...et voilà , le tournage de notre premier court métrage était fini.
Y’avait plus qu’à le monter.

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